Témoignage d’un nouveau stagiaire : Romain Chausserie Laprée

Étudiant en cinquième année de l’Institut d’Études Politiques d’Aix-en-Provence, je ne pouvais pas mettre un terme à mon cursus universitaire sans avoir pu me rendre compte, in situ, de la réalité de l’activité politique par excellence, celle du député national, dont on n’a pu me donner qu’un aperçu théorique dans les murs de Sciences Po.

De la chose racontée en classe à la chose vécue, il y a tout un monde que je souhaite vous faire entrevoir.

Mais avant tout autre chose je souhaite remercier chaleureusement Christian Kert, qui m’a permis le plus simplement du monde de compléter ma formation en sciences politiques d’une expérience pratique en me proposant de le suivre dans son activité quotidienne de parlementaire dans le cadre d’un stage d’observation d’un mois.
Loin des caricatures et des lieux communs désobligeants qu’on nous serine sur le « métier » de député, j’ai découvert de la complexité et surtout que l’on ne devient pas parlementaire comme l’on devient entrepreneur ou agent immobilier. Plus qu’une « profession », la fonction de député exige de celui qui l’endosse une véritable vocation, elle requiert de lui qu’il soit animé, habité par le goût de servir les autres.

Il est habituel de voir dépeint nos hommes politiques sous les traits du paresseux : on nous les présente souvent comme étant des partisans du moindre effort. Or, il faut savoir, je le sais maintenant, que les journées « parisiennes » du parlementaire à l’Assemblée nationale peuvent être éprouvantes, par exemple commencer très tôt le matin et finir très tard le soir.

Il n’y a pas d’horaires établis à l’avance, sur le modèle 9h-12h – 13h-17h. Ces journées parisiennes peuvent aussi bien finir en fin d’après-midi, comme pour la majorité des français, comme se terminer tard dans la nuit, sous les coups de 23h ou de minuit, lorsqu’il faut finir de travailler sur un rapport ou une note que l’on doit présenter le lendemain à la première heure.

Car, ce qui doit être fait Mardi ne peut pas être remis à Mercredi. Il faut que cela soit fini le jour même, quitte à y sacrifier sa soirée. Cet aspect-là, trop souvent mis sous silence, je tiens à m’y arrêter. Le député ne compte pas ses heures. Il est dans l’abnégation continue.

C’est pour cela que l’on ne peut pas faire cette « activité » attiré par quelques considérations matérielles que ce soit. Cela exige trop de l’« homme » pour ça. Et la satisfaction n’est généralement pas publique. Souvent tue, souvent silencieuse et discrète, elle est, je crois, intérieure.

Peut-être celle de se mettre au service des autres sans compter.
Au palais Bourbon, le travail du parlementaire est un travail d’homme de l’ombre. Il y a certes les sessions dans l’hémicycle, mais ce n’est que la surface immergé de l’iceberg.

Il y a en amont tout un travail de préparation, de réflexion, de prise de contact avec les « publics » les plus divers – experts, « professionnels », associations, groupes d’études, commissions spécialisées, citoyens « ordinaires », etc. – un travail compliqué qui requiert de n’ignorer aucune des parties prenantes, de concilier des intérêts antagonistes tout ne cédant rien sur ses convictions et ses valeurs propres. Avis aux amateurs, n’est pas député qui veut !

Mais il n’y a pas que la vie au 126 rue de l’Université. Il y a aussi le travail en circonscription, qui est une toute autre besogne, qui nécessite d’autres qualités, un autre rythme, qui suppose de s’adapter en permanence à l’interlocuteur qui nous sollicite.

Contre un bon nombre d’idées reçus en la matière, le quotidien d’un député n’a rien de fastueux et de clinquant. Dans la circonscription surtout, c’est une tâche d’une sobriété étonnante, un quotidien fait d’écoute, de silence attentif et de surtout de patience, la patience qu’appelle d’elle-même la considération à apporter à tous ceux qui viennent vous voir, vous solliciter pour une difficulté rencontrée. Et vous, de votre côté, vous devez avoir la lucidité suffisante pour vous rendre compte que face à vous se tient quelqu’un qui n’a souvent plus d’autre recours que son député de circonscription pour faire avancer sa cause.

Un métier d’immense responsabilité quand vous savez représenter parfois la dernière digue avant l’abandon.
Plusieurs métiers en un donc, qui en font son extrême singularité. Mais, ne cesser briser la monotonie de son activité professionnelle a un prix. En effet, la multiplicité des facettes de l’activité parlementaire exige de son porteur qu’il soit en permanence aux aguets, sur la “brèche”, dans la réactivité et l’action. Mais il doit aussi savoir rester dans la réflexion, savoir prendre une certaine hauteur de vue et un recul critique. Tout cela est physiquement et intellectuellement usant. Ces hommes-là ont manifestement du mérite.
Voilà ce que j’ignorais avant mon stage et que je n’ignore plus maintenant grâce à Christian Kert que je remercie de sa disponibilité et de son ouverture envers des jeunes et des étudiants qui ont la curiosité de la chose publique et qui sont désireux de voir de plus près les détails des arcanes parlementaires.

Romain Chausserie Laprée