Edito du 11 Février 2013

En votre nom…                

De la même façon que la Justice se rend en notre nom, moi, je choisis et je vote en votre nom. Ce n’est pas toujours facile. C’est même parfois impossible tant la diversité des opinions interdit de répondre réellement à tous. Pensez à ce mardi 12 février où nous nous déterminons pour savoir si, oui ou non, nous autorisons le mariage des couples homosexuels et avec lui toutes les questions de filiation induites.

e7c7464eba0011e1abb01231382049c1_7Je vote contre. Je le fais non pas par quelconque homophobie dont je suis bien incapable, je ne le fais pas par peur, par ringardise, non  je le fais car l’avenir que dessine cette disposition m’est aujourd’hui illisible. C’est ce qui n’est pas dans le texte et qu’on s’apprête à glisser dans un autre qui m’inquiète. Ce n’est pas le mariage en lui-même contre lequel je vote, encore que je lui aurai préféré la notion « d’Union Civile ». Je vote contre ces perspectives inquiétantes que sont, en premier lieu, l’Assistance Médicale à la Procréation. Destinée à l’origine à être un acte médical permettant à des couples infertiles de procréer, si elle est ouverte à des couples forcément infertiles, elle devient une première marche vers la « marchandisation » de l’enfant. La seconde marche, celle que nous redoutons le plus, c’est celle de la Gestation Pour Autrui, ( GPA ) qui permettra à des couples d’hommes d’aller « acheter » les services d’une mère porteuse, à l’étranger où la pratique – même contestée – est acceptée.

Au train où vont les choses, , je crains que nous ne nous y retrouvions plus dans l’idée que nous avons de la société humaine et plus particulièrement de la famille. Que l’on puisse contester le fait de ne pas ouvrir les mêmes droits, les mêmes devoirs, la même cérémonie officielle aux homosexuels qu’aux hétérosexuels, cela mérite attention. Que demain des couples dont l’infertilité est « naturelle » puissent transformer le désir d’enfant en « laboratoire d’enfant » me désole. Et que dire du sort des mères porteuses dont je m’étonne que les féministes de France ne s’émeuvent pas du destin.

Une fois la loi votée, elle sera immédiatement applicable en ce qui concerne l’union des couples et les possibilités d’adoption. En revanche, un autre combat, peut être, s’ouvrira. Celui de savoir si nous sommes prêts à accepter l’AMP et la GPA comme des manipulations naturelles. Les sociétés « avancent, bougent, progressent » nous dit on. C’est vrai et c’est si heureux. Mais au nom de ces changements doit-on tout accepter ? N’y a-t-il pas un seuil à ne pas dépasser, une sorte de zone limite au-delà de laquelle nous ne sommes plus tout à fait dans le « naturel vivant » ?

Christian KERT