Liban : silence, on enregistre…

Le plus pesant, c’était le silence. Des centaines d’hommes, de femmes et d’enfants assis, en silence. Tantôt en plein air sous des auvents, tantôt dans des salles impersonnelles, forcément impersonnelles. Toutes et tous assis en silence, en attendant qu’on les enregistre, que l’on sache qui ils sont.

Sans leur dire quel sera leur destin. Oui le plus pesant c’était leur silence.

Partis pour faire notre travail de député, nous sommes allés peut être au-delà de la simple feuille de route de tout groupe d’amitié : entretenir l’amitié entre les pays et les représentants de leur peuple. Au Liban, pays frère, nous avons voulu faire plus.

Le Liban, c’est un tout petit pays : 3 millions 800 mille personnes.

Et des dizaines de millions partout à travers le monde. Un pays de Dieux emporté par le démon des guerres. On y parle toutes les langues mais, après l’arabe, surtout le français.

Au fil des jours, il arrive que l’on oublie ne pas être en France. Nous étions sept députés : quatre socialistes, deux UMP, un centriste UDI.

Au centre du Haut Commissariat aux Réfugiés, à Beyrouth, nous avons oublié qui nous étions politiquement.

Le Liban est un petit pays. Il vient d’enregistrer son millionième réfugié syrien. Chaque mois, 50.000 nouveaux réfugiés viennent se faire inscrire. Si la situation reste seulement telle qu’elle est aujourd’hui en Syrie, à la fin de l’année, il y aura 500 à 600.000 nouveaux syriens réfugiés au Liban. Lesquels s’ajoutent aux 250.000 réfugiés palestiniens.

Une petite, mais belle nation qui refuse la politique des camps et préfère, pour l’instant, laisser s’étendre la vague à travers le pays. Village, après village.

L’exode les a fait quitter leur pays, souvent pour la première fois. Ici, ils cherchent un toit, une terre, une espérance. Les jeunes gens des organisations humanitaires, coordonnées par le HCR, les y aident. Mais ils ne peuvent pas tout.

Et parmi la population du Liban, il en est qui sont plus pauvres que ceux qu’ils accueillent. Si on ne fait rien, il y aura des problèmes communautaires. Les réfugiés prennent le travail à bas coût des Libanais. Et voilà qu’au fil des entretiens, nous découvrons que, parmi les pays contributeurs à l’aide humanitaire, pour sauver le Liban de la vague, il en est de très éloignés : le Japon et le Canada, par exemple. Il en est de plus proche l’Allemagne.

Et puis nous cherchons l’aide de la France…. Presque rien pour un pays frère nous dit-on. Peu d’argent. Et peu d’acceptation de familles sur notre territoire.

Pourtant, ici, on dit que « la France est la mère du Liban ». 

Je me pose une question, que je tais pour l’instant à la réflexion de mes collègues. Il s’en fout Laurent Fabius, notre Ministre des Affaires Étrangères, des réfugiés syriens du Liban ? Je ne veux pas le croire..

Et vous, vous allez me reprocher d’aller quérir la misère du monde ? Oui mais comment vivront ils ces vagabonds d’un nouveau monde ? Ils sont là, sans larmes, sans prières, ils attendent.

Et comment feront-ils, les Libanais, demain pour résister à cet afflux ?

 Si nous ne sommes pas capables de faire mieux que ce que nous faisons, la France n’est plus la France.  

Depuis que vous me lisez, quatre nouveaux réfugiés syriens se sont inscrits pour rester vivre au Liban, cette terre des Dieux qui n’en peut déjà plus.   

NB : le groupe parlementaire était composé de Henri Jibrayel, Président du groupe puis de Karine Berger, Christian Assaf, Philippe Goujon, Philippe Folliot, Fabrice Verdier et moi.

Légende de la photo des femmes réfugiées : comme depuis l’aube de l’Antiquité, les femmes portent tout le poids de l’exode.