VERS UNE NOUVELLE RÉPUBLIQUE.

Je sais que la colère est mauvaise conseillère mais la belle formule de Richard Bohringer me sert de caution : « La colère, ça fait vivre. Quand tu n’es plus en colère, t’es foutu ».

Comme beaucoup de mes collègues parlementaires, je suis en colère. J’assiste quasi impuissant à une lente, mais en l’état inexorable, détérioration du fonctionnement démocratique. Un climat « d’affaires » s’est substitué au combat des idées. Certes François Fillon a commis des erreurs. Mais il paye aussi une amertume à l’égard du « politique » qui n’a cessé de croître au fil des années. L’accumulation aboutit à la violence des attaques d’aujourd’hui. Les partis politiques sont désormais incapables de répondre au besoin de plus de démocratie qui s’exprime dans le pays. Je suis en colère car l’opinion publique, quoique nous fassions, ou ne fassions pas,  a rendu depuis longtemps sa sentence : « tous pourris ».

Mais comment lui en vouloir alors que tant les mauvais exemples ont laissé penser qu’ils n’étaient pas l’exception mais la règle ?

Je suis en colère car, ce faisant, nous bordons le lit du Front National, cette incongruité de la vie politique française, dont la Présidente s’autorise à passer outre les injonctions de la Justice, alors que le concitoyen discipliné s’astreint au respect de la Loi.

NE PAS NIER LES RÉALITÉS DU MONDE

En colère, enfin, car nous ressentons tous combien notre pays pâtit de ce climat. Partout dans le monde, la France c’est ce pays qui, en faisant tomber les murs d’une prison a ouvert de nouveaux horizons pour l’Homme et sa place dans la société. Ce message, nous sommes en voie de le brouiller y compris à travers ces pays qui ont besoin de notre symbole. Quel gâchis. Chacun y a sa part de responsabilité. Celle des décideurs politiques est grande mais elle n’est pas exclusive. Nous avons trop longtemps nié la réalité d’un monde qui bouge comme jamais,  peut être,  il ne l’a fait.

Le constat est aisé à formuler : Si la République, grâce à sa Constitution ne vacille pas, la Démocratie, elle, qui est en quelque sorte son instrument, la démocratie est malade. Mon lointain prédécesseur, député d’Aix en Provence lui aussi, le Comte de Mirabeau, noble mais élu dans les rangs du Tiers Etat a formidablement résumé le péril qu’il y a, en politique, à nier les réalités : « c’est ainsi que l’on marche vers les Révolutions ». Au début de ce XXI° siècle, il y a mieux à faire qu’une Révolution. Mais il faut acter que nous sommes à une fin de cycle. Notre pays a besoin d’un élan nouveau. D’un retour à la Souveraineté Nationale. Il n’y a qu’une vaste réforme de notre système démocratique pour créer cet élan nouveau. Nous n’avons pas besoin d’une VI° République, nous avons besoin d’une nouvelle République.

LES EXIGENCES DE TRANSPARENCE ET DE MODERNITÉ

Une nouvelle République, c’est un vaste chantier. Exaltant pour des parlementaires qui retrouveront ainsi la noblesse de leur mission. Car il faudra réformer la Constitution. C’est au Parlement de le faire dans la dignité retrouvée de ses fonctions. Il faudra « ramener » le nombre des députés et des sénateurs. Non pas pour céder à un effet de mode. Non…  pour adapter la vie parlementaire aux exigences de transparence et de modernité. Le non cumul des mandats va exiger une adaptation de fond, va exiger la rédaction d’un statut de l’élu trop superficiellement abordé jusqu’à présent. Une nouvelle République c’est aller vers une « écologie de la nature » qui intègre la place de l’Homme et de ses besoins dans l’environnementC’est créer de nouvelles passerelles entre élus et citoyens. Des passerelles innovantes entre les élus et les entrepreneurs, à l’heure où le numérique a profondément transformé le paysage économique.

Une nouvelle République, c’est la possibilité de créer des bouleversements de mentalités et de conduites qui redonneront du sens à l’idéal démocratique. Ne pas craindre de dire que la société a besoin de reconnaître les mérites. Qu’elle a besoin de proximité territoriale, ce qui ne veut pas dire remettre en cause l’Unité Nationale. Cet élan, c’est à tous les échelons de la société qu’il doit s’adresser : partis politiques (la crise actuelle appelle à plus de démocratie), syndicats, associations. Notre pays doit renouer avec l’espoir et la confiance.

FAIRE VIVRE LA RÉPUBLIQUE

Oui, le premier grand chantier qui attendra le nouveau Parlement, ce devrait être celui de cette réforme constitutionnelle. Et comment ne pas penser qu’il suscitera enthousiasme et motivation ?  C’est à nous, parlementaires, de mener cette Révolution d’idées. Nous qui devrons prendre l’initiative de lutter contre l’uniformisation de la société et le triomphe des populismes. Ce sont les parlementaires qui devront se saisir de ce grand chantier quand le Président élu aura la charge de la mise en application de son programme. . C’est leur rôle, c’est leur noblesse. C’est leur fidélité à l’esprit des Constituants de 1789 :

« Nous sommes ici par la volonté du peuple ». C’est peut être par là que passe la sortie de la crise : Une nouvelle façon de faire vivre la République.  Un peu de bonheur collectif retrouvé.