Que reste-t-il de l’Esprit du 11 Janvier 2015 ? par Angélique Fiorido

Que reste-t-il de nos amours ?
Que reste-t-il de nos beaux jours ?
Une photo, vieille photo,
De ma jeunesse !

Cette chanson de Charles Trenet, interprétée en 1942, reste et restera encore longtemps, dans les mémoires de nombreux Français. En sera-t-il de même de la formule magique du Président de la République qui lui permit au lendemain du 11 janvier 2015, de faire un bond dans les sondages ?

La chansonnette de Charles Trenet a soixante treize ans et est toujours fredonnée. L’Esprit du 11 Janvier 2015 de François Hollande, n’est plus d’actualité au bout d’un seul trimestre. Quelles en sont les raisons ?

Les 7, 8 et 9 janvier, des attentats djihadistes et des prises d’otages ont couté la vie à dix sept personnes. Â la suite de ces événements, aussi bien en France qu’à l’étranger, quarante quatre dirigeants de divers pays participent à un cortège à Paris et 265 villes françaises organisent des manifestations patriotiques.
Le nombre total de manifestants à travers la France est estimé par le Ministère de l’Intérieur à plus de 4 millions, dont plus de 1,5 millions le dimanche 11 janvier à Paris.

Il est vrai que le nouveau Service de Communication de l’Élysée avait bien fait les choses. Chefs d’États et de Gouvernements étaient invités à l’Élysée à un somptueux banquet Républicain. Vers 15 heures, des autocars les transportèrent dans une rue adjacente à celles ou la foule défilait. Une demi-heure face aux caméras de télévision, le tour était joué et François Hollande devenait un héros mondial.

Pendant ce temps, des milliers de policiers canalisaient gentiment la foule. Félicitations, embrassades aux forces de l’ordre, etc… Nous avions l’impression de retrouver les habitants de Paris en août 1944 à la libération de la capitale française par les troupes du Général Leclerc.

En 2015 et 70 ans plus tard, les actions des Généraux Leclerc et de Gaulle résonnent encore dans la mémoire des Français. Trois mois plus après janvier 2015, la cote de popularité de François Hollande est redevenue la même que celle qu’il avait obtenue avant les attentats de Paris. Et ce n’est pas ses fréquents rappels à l’Esprit du 11 Janvier qui l’aident ou l’aideront à retrouver une popularité décente.

Seulement quinze jours après la liesse populaire organisée par le Service Communication de l’Élysée, des critiques ont commencé à fuser dans la presse contre l’Union Sacrée préconisée par le Gouvernement. Les mots dérives, récupérations et instrumentalisation politique ont été prononcés.

Mais que représente « l’Esprit du 11 janvier » pour les jeunes qui, dans une ou deux décennies auront pour tâche de gérer et de faire prospérer notre pays ? Pas grand-chose, si nous comparons leurs agissements après le 11 janvier 2015 avec les manifestations étudiantes qui ont eu lieux dans la France au cours des siècles.

Que sont devenus ces jeunes qui manifestaient ? Bien évidement, ceux du XV° Siècle nous ont quittés. Celles et ceux qui manifestaient à partir de 1968, ont pratiquement tous fait carrière dans la politique, la fonction publique et en particulier à l’Éducation Nationale, Collèges, Lycées, Facultés, etc.. Ils ont pratiquement oublié les combats passés. Ils obéissent aux ordres des gouvernements successifs et alternatifs et enseignent à leurs élèves le respect dû aux institutions nationales.

La France selon les sources de l’OCDE, compte 25 % de chômeurs parmi les jeunes et cela augmente de jour en jour. Le Président de la République française, pour faire baisser ce chiffre, vient de remettre au goût du jour, le Service Civique pour les jeunes. Peu de candidats et peu de résultats !

Le 25 février le journal le Monde sous le titre : “Frustrée, la jeunesse française rêve d’en découdre”, présente un article dans lequel il est écrit en préambule : L’autoportrait est sombre. Amenés à définir leur génération, ce sont les mots « sacrifiés ou perdus » qui leur viennent le plus souvent à l’esprit. Interrogés sur leur devenir personnel, les jeunes sont prés des deux tiers à se déclarer plutôt ou très pessimistes et le regard qu’ils portent sur le destin de leur génération est extrêmement sombre….

Et pourtant, peu de jeunes ont participé aux marches de « L’esprit du 11 janvier ».

Dans notre région, le journal La Provence du samedi 2 février 2015 publie un reportage sous le titre : Marseille, Esprit Charlie, es-tu toujours Là ? Le journaliste s’étonne de ne plus trouver trace du panneau « Je suis Charlie » et de l’Esprit du 11 janvier 2015. Il termine son article en s’interrogeant : L’Esprit d’unité nationale serait-il déjà envolé ?

Trois jeunes étudiants en Droit répondent :
– Isabelle en 3° année de Droit Privé : Depuis un mois, on nous parle partout de religion et de laïcité. On touche à la haine de certains grâce à un manque de repères historiques et culturels dans notre pays. Il faut soulever cette question, sinon d’autres rages similaires sortiront encore.

– Sarah en 3° année de Droit Public : Nous avons participé à cette marche. J’attendais les mesures annoncées par le Président de la République. Pour le moment, je n’ai rien vu !

– Alexandre en 2° année de Droit : Il y a surtout un vrai problème de fond. Il faudrait changer la société. En sommes nous capables ?

En conclusion, la litote l’Esprit du 11 Janvier rejoindra plus tard pour les historiens, l’anaphore,  Moi Président… Moi Président… Moi Président…

Et sera ânonnée par les enfants de l’an 2060 comme l’est actuellement la culotte à l’envers du bon Roi Dagobert.

Angélique Fiorido à Istres le 14 avril 2015.